Une nuit que j’étais seul dans cette vieille maison de campagne, je sentis pourtant comme une présence étrange qui m’empêchait de trouver le sommeil. Je me relevai donc et entrepris de fouiller la maison de fond en comble pour en avoir le cœur net. J’inspectai chaque pièce méticuleusement, derrière les portes, les rideaux, dans les placards, les armoires, partout où un intrus était susceptible de se cacher et ne trouvai rien. Je me résolus enfin à monter au grenier, et tandis que je fouillai l’obscurité avec le faisceau de ma lampe de poche, soudain, je tombai nez à nez – horreur ! – avec une araignée qui pendait au bout de son fil. Je n’avais donc pas rêvé, je n’étais pas seul dans cette maison.

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Je n’aime guère pour ma part les poutres apparentes dont on vante toujours le charme. J’ai trop l’impression que la maison frime, qu’elle me montre ses muscles.

Il y a des coups de foudre, et il y a des séductions plus laborieuses qui s’apparentent davantage au fait de frotter deux silex pour allumer un feu.

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L’arbre dans le vent qui retient ses feuilles comme autant de chapeaux.

En considérant sa femme qui était occupée à tricoter depuis de longues minutes, sans jamais lever les yeux de son ouvrage, il se figura une araignée qui s’activait frénétiquement à tisser sa toile. Et en y regardant de plus près, il lui sembla même qu’il était sa proie et qu’elle l’emmaillotait dans son cocon de soie. En effet, elle lui tricotait un pull.

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Si le mur au fond du jardin soudain semble baisser un peu la garde, presque s’attendrir, c’est qu’un chat marche sur son faîte.

Lorsque je m’assois sur la table, pour me donner une contenance, je sens bien que je mets la table dans l’embarras. Elle est sans doute mal à l’aise dans cette situation. Le fait est qu’elle ne sait plus où se mettre.

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Et lorsque je monte debout sur la chaise, pour me grandir, je vois bien que la chaise en est fort amusée. Elle doit trouver que la situation est assez cocasse. Le fait est qu’elle se retient d’éclater de rire.

Le soir rassemble mes affaires, fait un feu de tout ce qui me tracasse, et de nouveau je suis bien en paix avec mes choses.

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Il faut perdre ses clefs pour accéder à l’infini d’une pelouse, à l’insondable d’une poche.

Il marcherait à cheval entre le trottoir de gauche et le trottoir de droite. Les voitures passeraient entre ses jambes. On verrait sa tête passer au quatrième étage des immeubles, comme à un rez-de-chaussée. Au début, bien sûr, ce sera un peu curieux. Il ne pourra pas prendre les transports en commun mais, qu’importe, quelques enjambées lui suffiront à se rendre partout où il veut en un rien de temps. Il lui faudra sans doute marcher sur la pointe des pieds pour éviter de faire trop trembler le sol sur son passage, et il devra surtout faire attention à n’écraser personne. Mais je crois, oui, puisque vous me le demandez (même si c’est une drôle de question), qu’un géant pourrait s’adapter à la vie en ville.

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Plus une feuille dans l’arbre. Le vent a mis un sac en plastique dans les branches pour tromper l’ennui.

La recette du succès, dont il n’est jamais parvenu à identifier tous les ingrédients, il croit s’en approcher chaque fois qu’il respire son délicieux fumet.

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Dans la vie, en définitive, il suffit de bien figurer sur les photos.

Je ne veux pas me voir vieillir. J’espère que la vieillesse me tombera dessus par surprise, comme la neige. Je me lèverai un matin, ce sera tout blanc.

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Il n’est pas nécessaire de fournir un effort intense pour éprouver les limites de son corps. Il suffit, en effet, de quelques étirements.