Mon avant-bras gauche posé à plat sur la table fait barrage contre le monde. Pendant ce temps ma main droite a le champ libre pour écrire.

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Allongé sur le trottoir
le clochard
s’allume un gros cigare

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« Non ! Je veux pas ! Je veux pas ! » hurlait en piétinant un sale gosse capricieux. Sa pauvre mère était sur le point de craquer, aussi je me permis d’intervenir, avec la patience qui me caractérise, et en faisant preuve de beaucoup de pédagogie, je lui dis d’une voix calme mais ferme cependant : Inutile de te mettre dans cet état mon petit, que tu le veuilles ou non, un jour tu vas mourir.

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La vieille dame qui tire un cabas à roulettes monte une pente.

Cette façon qu’ont les comédiens de théâtre, à la fin de la pièce, de disparaître et de réapparaître plusieurs fois de suite sur scène pour saluer le public qui applaudit de plus belle fait son petit effet, mais nous ne sommes pas venus voir de la magie.

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Cette femme a versé dans son bain un élixir de beauté, et elle s’y est immergée tout entière en se bouchant le nez. Comment expliquer sinon pareil groin sur un corps si parfait ?

Ils n’ont rien en commun sinon de tenir un chien au bout d’une laisse, sans quoi ils ne se seraient jamais parlés. Cependant que leurs chiens attirés irrésistiblement l’un vers l’autre se reniflent le derrière, ils s’en tiennent aux présentations d’usage : âge, sexe, race, tempérament.

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Selon la forme de ton nombril, il te faudra utiliser un tournevis plat ou un tournevis cruciforme.

Des rues où je ne marche pas, où je flotte plutôt comme dans un rêve, emporté par le flux sur ces trottoirs trop uniformément lisses qui déréalisent mes pas. Une crotte de chien me remet les pieds sur terre.

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On n’est jamais trop prudent. C’est pourquoi sans doute je regarde toujours à droite et à gauche avant de traverser la rue, et derrière moi enfin pour m’assurer que je ne suis pas suivi.

La rue est barrée pour cause de tournage. Pour les besoins de son film, le cinéaste réquisitionne ce petit morceau de réalité. Les badauds fascinés qui regardent la scène derrière les barrières sont déjà au cinéma, spectateurs d’un monde inaccessible, de l’autre côté.

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Le cygne troque volontiers sa grâce contre un quignon de pain.

À la terrasse du café, une jolie jeune femme qui arbore un décolleté ravissant est absorbée dans un livre.  Je louche de temps en temps dans sa direction, je le confesse. Je ne suis qu’un homme avec ses faiblesses. Je suis curieux de connaître le titre de sa lecture.

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Je vis un peu, comme ça, à mes heures perdues. Mais je ne suis pas un bon vivant.