De la même façon qu’il est recommandé aux personnes sujettes au vertige de ne surtout pas regarder en bas lorsqu’elles se trouvent fortuitement haut perchées – sinon la tétanie, les jambes tremblantes, l’attraction irrésistible du vide – les personnes souffrant de timidité maladive doivent absolument éviter de regarder leurs pieds lorsqu’elles parlent avec des inconnus.

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Les circonstances de sa mort ? Comme il est mort de vieillesse, il faudrait raconter toute sa vie.

Dites-moi sincèrement ce que vous en pensez. Et surtout ne prenez pas de pincettes avec moi. Vous pouvez parler sans détour. Vraiment, c’est inutile de m’épargner, je suis imperméable à la critique.

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Au loin, des bottes de foin disposées dans un champ comme des petites bouchées sur un plateau. On pourrait les piquer avec une fourchette.

C’est bon, je suis prêt à entamer l’écriture de mon roman. J’ai déjà en tête la trame, l’intrigue, les personnages, le titre, la préface, la quatrième de couverture et même la critique.

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Je ne suis pas un robot. La preuve : il m’arrive de me répéter.

Il ne manquait à ce pique-nique, pour qu’il soit vraiment parfait, que des assiettes, des couverts, une table, des chaises et un toit au-dessus de nos têtes.

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Il y a des gens qui vous livrent le fond de leur pensée sans se rendre compte qu’ils ont affaire à l’ennemi.

Je pensais que je n’étais pas quelqu’un de très exigeant. Il me semblait que je savais me contenter de ce que j’avais la plupart du temps et me réjouir assez des petites variations de l’existence. Et voilà que je me surprends à lorgner sur cet autre salon, plus confortable certainement, plus lumineux sûrement, inaccessible pourtant, dans le miroir du salon.

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Plusieurs dizaines d’individus vêtus de noir se sont introduits chez moi pour me dérober des miettes.

Il écrivait dans un carnet posé sur ses genoux, ramassé, le dos courbé, mal à son aise, comme s’il était assis à un petit bureau d’écolier.

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Avec l’ordinateur, en plus d’être devant la page blanche, on est face à un mur.

On dirait que ces deux oiseaux se répondent. Mais c’est impossible, ils ne parlent pas la même langue.

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Si la Terre avait de la rancune envers les Hommes, continuerait-elle de leur donner des fraises ?